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« La question qui se pose au créateur est de savoir comment il est en état de produire des formes que le monde sensible ne lui a pas données, des formes issues de son imagination qui, à leur tour, produiront des sentiments. » Jean-François Lyotard
Né en 1958 au Creusot (Bourgogne), Laurent Colliard vit et travaille à Paris. Diplômé de l’école nationale des Beaux-Arts de Dijon en juin 1982.
Commence à peindre à l’âge de treize ans jusqu’à l’entrée aux Beaux-Arts où il abandonne la peinture pour une photographie noir & blanc qui questionne l’espace pictural et l’image en général.
En 1988, submergé par le besoin de laisser éclore son monde intérieur riche en émotions, il reprend sa palette...
Le geste de peindre naît de la solitude. Au départ, il y a la solitude, beaucoup de solitude. La peinture vient de la solitude. Je peins pour me sentir libre ; pour me surprendre, échapper à l’ennui du quotidien et pour fuir la pensée qui est incapable de résoudre le problème de l’ego. J’essaie de ne pas penser en peignant.
« Si je pense en peignant, si j’interviens, patatras ! tout fout le camp. » Cézanne
Cette activité est essentielle pour moi. C’est par la création que l’on évolue, que l’on se construit et que l’on comprendra le monde autour de soi.
Je commence à peindre sans savoir ce que je vais faire et régulièrement je tourne la toile de 90° pour éviter une composition prématurée. La peinture avance dans son élaboration, puis elle s’impose, une composition s’installe, un mouvement apparaît et c’est en général à ce moment-là que le tableau deviendra vertical ou horizontal. La représentation ne sera pas donnée, elle restera à poursuivre par le spectateur.
Les peintures m’accompagnent dans la vie et, avec le temps, je les vois différemment. Le regard change, les peintures ne changent pas. Alors je continue d’en produire de nouvelles pour y projeter mon regard, mes désirs, mon inconscient, mes (im)pulsions, mes émotions, bref, tous ce fourbis qui m’encombre.
Ce que j’aime dans la peinture c’est la relation directe entre le corps et l’esprit. Il n’y a pas de séparation: comme une fusion dans l’instant de l’acte de peindre. On ne reproduit pas la réalité, on crée une réalité. Je vois la peinture comme l’expression de l’énergie profonde.
Elles sont apparues instinctivement. À cette époque, je voulais peindre l’horizon, cette limite entre la croûte terrestre et la voûte céleste. Une certaine idée de la ligne qui sépare, mais qui peut réunir également. J’ai toujours été attiré par les limites, cet entre-deux mondes. Pour moi tout se passe là, "à la limite". La peinture est comme une peau, une zone d’échange et réceptrice entre intérieur et extérieur. Les têtes sont apparues dans la terre, le sol que l’on foule, les ancêtres… Quand on regarde de plus près on voit que les têtes ont des regards, des expressions d’étonnement, de peur, de tristesse… Rien à voir avec des charniers.
Puis voulant échapper à ces foules, j’ai cherché obstinément à faire autre chose, j’ai donc commencé à les recouvrir ou à découper dedans parce qu’elles continuaient bien sûr à apparaître sur les toiles. C’est alors que sont apparus des silhouettes humaines, des corps géométriques comme des totems. Mais aussi des tableaux de plus en plus abstraits.
Poursuivant mon chemin, j’en suis arrivé au paysage. Des paysages imaginaires dévoilant comme une « géologie » des états émotionnels.